Par Marc Dessein ·

Inositol et SMOP, ce que montrent les études

Dans les groupes de femmes avec un SMOP, l'inositol revient presque à chaque conversation. Une amie qui a retrouvé des cycles, une gynécologue qui l'a conseillé, une autre qui hausse les épaules. On finit par se demander ce que ces sachets valent vraiment.

Le SMOP touche environ une femme sur huit, et pour une grande partie d'entre elles, la résistance à l'insuline est au cœur du syndrome. C'est sur ce point que l'inositol est censé agir.

Une molécule que le corps fabrique déjà

L'inositol n'est ni une plante ni un médicament. C'est une petite molécule que le corps fabrique lui-même à partir du glucose. Elle intervient à l'intérieur des cellules pour transmettre le signal de l'insuline, et celui de la FSH, l'hormone qui fait mûrir les follicules (Greff et al., 2023). Deux formes comptent ici, le myo-inositol et le D-chiro-inositol. Le corps transforme le premier en second grâce à une enzyme dont l'activité dépend de l'insuline.

En 2011, trois chercheurs ont proposé une hypothèse qui explique l'intérêt pour le SMOP. Dans l'ovaire des femmes concernées, cette enzyme serait trop active, l'ovaire manquerait de myo-inositol, et la qualité des ovules en souffrirait (Carlomagno et al., 2011). C'est une hypothèse, pas une démonstration. Elle explique pourquoi on parle d'un rapport entre les deux formes, et pas seulement d'une quantité.

Ce que montrent les essais

Une méta-analyse publiée en 2018 a regroupé dix essais tirés au sort, avec 362 femmes sous inositol, 179 sous placebo et 60 sous metformine. Sous inositol, le taux d'ovulation était 2,3 fois plus élevé que sous placebo, et les cycles revenaient plus souvent. Aucun de ces essais n'avait mesuré le nombre de naissances (Pundir et al., 2018).

Côté insuline, une autre méta-analyse de neuf essais, soit près de cinq cents femmes, a trouvé une insuline à jeun et un indice de résistance à l'insuline plus bas sous myo-inositol (Unfer et al., 2017). Deux de ses auteurs travaillaient pour un laboratoire pharmaceutique.

En 2023, une équipe de l'université Semmelweis, à Budapest, a réuni 26 essais et 1 691 femmes. Sous inositol, les chances d'avoir des cycles réguliers étaient 1,8 fois plus élevées que sous placebo, la testostérone et la glycémie baissaient un peu, et l'inositol ne faisait pas moins bien que la metformine sur la plupart des critères.

Pourquoi la recommandation internationale reste prudente

Les auteurs de la recommandation internationale de 2023 ont fait leur propre synthèse, avec 30 essais et 2 230 femmes. Leur lecture est plus réservée. Le myo-inositol ou le D-chiro-inositol améliorent certains marqueurs métaboliques, le D-chiro-inositol pourrait aider l'ovulation, et pour le reste les preuves restent limitées et peu concluantes. Le myo-inositol donne en revanche moins de troubles digestifs que la metformine (Fitz et al., 2024).

La recommandation en tire une position simple. L'inositol peut être envisagé selon les préférences de chaque femme, avec peu de risques et un bénéfice possible sur les marqueurs métaboliques, mais un bénéfice clinique limité sur l'ovulation, la pilosité et le poids. Elle ne recommande aucune forme ni aucune quantité précise, faute d'essais de qualité (Teede et al., 2023).

Les synthèses n'arrivent pas aux mêmes conclusions parce qu'elles ne retiennent pas les mêmes essais, et beaucoup sont petits. L'un des premiers essais contre placebo, publié en 2007 et longtemps cité, a même été retiré par sa revue en 2023 (notice PubMed).

Le rapport de 40 pour 1

Dans mon guide sur le SMOP, j'indique le myo-inositol seul ou associé au D-chiro-inositol dans un rapport de 40 pour 1, avec 2 à 4 g de myo-inositol par jour, en une ou deux prises. Ce rapport s'appuie sur un essai mené à l'université Sapienza de Rome. Cinquante-six femmes ont été réparties en sept groupes de huit, chacun avec un mélange différent, pendant trois mois. Le mélange à 40 pour 1 a donné les meilleurs résultats sur l'ovulation, et plus la part de D-chiro-inositol augmentait, plus l'effet se perdait (Nordio et al., 2019).

Huit femmes par groupe, c'est très peu. Le résultat va dans le sens de l'hypothèse sur l'ovaire, mais il demande à être confirmé. Si vous voulez essayer, parlez-en d'abord à votre médecin, surtout si vous prenez déjà un traitement ou si vous avez un projet de grossesse. La recommandation internationale demande aussi de le lui signaler, parce que le contenu et la qualité des compléments varient d'une marque à l'autre.

Ce que le complément ne remplace pas

L'inositol agit sur le même levier que l'assiette, la marche et le muscle, c'est-à-dire la façon dont les cellules répondent à l'insuline. Il ne peut pas compenser des repas qui font grimper la glycémie trois fois par jour. Dans mon guide, il arrive en tête des compléments avec la vitamine D, mais seulement après les chapitres sur l'assiette et le mouvement.

La base reste la même. Des protéines et des graisses à chaque repas, les légumes et la protéine avant les glucides, dix à quinze minutes de marche après le déjeuner et le dîner, deux à trois séances de musculation par semaine. J'ai détaillé l'assiette dans SMOP et alimentation et les analyses à demander dans l'article sur la résistance à l'insuline.

Si vous prenez de l'inositol, notez vos cycles, votre tour de taille et vos résultats d'analyses avant de commencer, puis au bout de quelques mois. Ces chiffres vous diront mieux que n'importe quel forum s'il vous sert.

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical.

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