Par Marc Dessein ·

Résistance à l'insuline et SMOP, comment savoir si on est concernée

Un coup de barre tous les jours après le déjeuner. Une envie de sucré qui tombe vers 16 h, toujours à la même heure. Un tour de taille qui s'épaissit alors que l'assiette n'a pas changé. Des cycles qui s'étirent sur quarante jours ou plus. Et souvent, quand on pose la question, un parent ou une grand-mère avec un diabète.

Prises une par une, ces choses n'ont l'air de rien. Mises ensemble chez une femme avec un SMOP, elles racontent souvent la même histoire. L'insuline travaille trop.

Le muscle, premier client du sucre

Après un repas, le sucre passe dans le sang. Le pancréas libère de l'insuline, qui ouvre la porte des cellules pour le faire entrer. Le muscle est de loin le premier client. Quand on mesure l'action de l'insuline en laboratoire, environ 80 % du sucre est capté par les muscles (DeFronzo et Tripathy, 2009).

On parle de résistance à l'insuline quand les cellules répondent mal à ce signal. Le pancréas compense en produisant davantage, et le taux d'insuline reste haut en permanence. Avec un SMOP, cet excès pousse les ovaires à fabriquer plus d'androgènes et favorise la graisse autour des organes. J'ai décrit ce cercle dans l'article sur le nouveau nom du syndrome, je n'y reviens pas ici.

La glycémie à jeun, elle, peut rester normale très longtemps. Le pancréas compense en produisant plus d'insuline, et la résistance s'installe souvent des années avant que le sucre ne monte dans le sang. Une prise de sang qui ne regarde que la glycémie ne montre alors rien. C'est ce qui rend le problème si facile à manquer.

Mince ne veut pas dire épargnée

Le SMOP touche environ une femme sur huit. Trois sur quatre prennent du poids facilement, mais une sur quatre reste mince, et elle est souvent diagnostiquée encore plus tard.

À Melbourne, une équipe a mesuré la sensibilité à l'insuline avec la méthode de référence, le clamp, chez 40 femmes avec le syndrome et 33 sans. Les traitements qui agissent sur l'insuline et la pilule avaient été arrêtés trois mois avant. La résistance à l'insuline était présente chez 75 % des femmes minces avec le syndrome, et chez 95 % de celles en surpoids. Chez les femmes en surpoids sans le syndrome, c'était 62 %. À poids égal, les femmes concernées étaient plus résistantes (Stepto et al., 2013).

La graisse qui compte ici n'est pas celle qu'on pince sous la peau. C'est la graisse viscérale, autour du foie et de l'intestin. Elle entretient une inflammation qui rend les cellules encore plus sourdes à l'insuline, et on peut en avoir sans être en surpoids.

Les signes qui doivent vous alerter

Aucun signe ne suffit à lui seul. C'est l'ensemble qui compte.

Le premier, c'est la faim. Les fringales de fin de journée et le coup de fatigue après le déjeuner arrivent quand la glycémie fait les montagnes russes, avec une grosse décharge d'insuline puis une chute.

Le deuxième, c'est le tour de taille. Il renseigne mieux que le poids sur la graisse viscérale. Le repère est simple, il doit rester inférieur à la moitié de votre taille. Pour une femme de 1,65 m, cela fait moins de 82 cm. Mesurez-le le matin, au niveau du nombril, sans rentrer le ventre.

Le troisième, c'est la famille. Un diabète, un prédiabète ou un diabète de grossesse chez la mère ou chez le père doit vous mettre la puce à l'oreille. Les gènes chargent l'arme. Le manque de sommeil, le stress, la sédentarité et les produits transformés appuient sur la gâchette.

Enfin, les cycles eux-mêmes. Des cycles longs, de l'acné, une pilosité qui gêne, c'est souvent l'insuline qui pousse les androgènes derrière.

Les analyses à demander

Dans mon guide, je conseille un bilan tous les six mois à un an. La glycémie et l'insuline à jeun, l'hémoglobine glyquée, le bilan lipidique avec les triglycérides, la vitamine D, et selon les cas la testostérone et la SHBG, la protéine qui capte la testostérone dans le sang.

La recommandation internationale de 2023 va dans le même sens pour le sucre. Elle demande d'évaluer la glycémie de toutes les femmes au moment du diagnostic, quel que soit leur poids, puis tous les un à trois ans selon le risque. L'examen le plus précis est l'hyperglycémie provoquée par voie orale, une boisson de 75 g de glucose avec plusieurs prises de sang. Si ce test n'est pas possible, la glycémie à jeun et l'hémoglobine glyquée font l'affaire, en sachant qu'elles sont moins précises (Teede et al., 2023).

Sur l'insuline, la recommandation est plus réservée. Les dosages courants sont jugés trop imprécis pour poser un diagnostic de résistance à l'insuline. Je garde quand même l'insuline à jeun dans le bilan, pour une autre raison. Elle sert de point de départ, et on la compare d'une prise de sang à l'autre. Avec les triglycérides, elle baisse souvent nettement en quelques mois quand l'alimentation et le mouvement changent.

Préparez la consultation. Notez la durée de vos cycles sur plusieurs mois, vos symptômes et les diabètes dans la famille. Si on vous répond que tout va bien parce que vous êtes mince, demandez un autre avis.

Ce qui fait bouger les chiffres

Puisque le muscle capte l'essentiel du sucre, c'est lui qu'on fait travailler en premier. Chaque kilo de muscle gagné rend le corps un peu plus sensible à l'insuline. Deux à trois séances de musculation par semaine, sur tout le corps, avec des charges qui augmentent peu à peu.

Les sprints ajoutent quelque chose. Six à huit efforts de 20 à 30 secondes, sur un vélo, un rameur ou dans une côte, une à deux fois par semaine. Ils vident les réserves de sucre des muscles, qui deviennent plus sensibles à l'insuline pendant les heures et les jours suivants. Et dix à quinze minutes de marche après le déjeuner et le dîner font nettement baisser la glycémie, parce que les muscles des jambes captent le sucre sans attendre l'insuline.

L'assiette fait le reste. Ce qu'on y met et dans quel ordre, je l'ai détaillé dans SMOP et alimentation. Pourquoi il ne faut surtout pas couper les calories trop fort, c'est dans Régime et SMOP.

Une prise de sang de départ, un tour de taille noté une fois par mois, et vous aurez de quoi comparer. Les cycles qui se raccourcissent et deviennent réguliers sont souvent le premier signe que l'insuline baisse. Votre corps répond quand on lui en donne les moyens.

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical.

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