Mille deux cents calories par jour, une appli pour tout compter, plus de pain, plus de fromage, et certains soirs plus de dîner du tout. Trois semaines tenues à la force des bras, deux kilos de moins, puis un week-end où tout lâche. Beaucoup de femmes avec un SMOP connaissent ce scénario par cœur, parfois depuis l'adolescence. On leur a répété de manger moins et de bouger plus. Elles l'ont fait, souvent plus fort que les autres, et le poids est revenu avec des cycles toujours aussi irréguliers.
Leur volonté n'est pas en cause. La méthode, si.
Un corps qui se sent en danger ne lâche rien
Un SMOP, c'est d'abord une affaire d'insuline. Chez une grande partie des femmes concernées, les cellules y répondent mal, le pancréas en fabrique davantage, et cet excès pousse les ovaires à produire des androgènes. J'ai expliqué ce cercle dans l'article sur le nouveau nom du syndrome.
Une restriction sévère ajoute du stress à ce terrain déjà tendu. Aux États-Unis, 121 femmes ont suivi pendant trois semaines l'une de quatre consignes. Compter ses calories ou non, manger 1 200 kcal par jour ou normalement. Celles qui mangeaient 1 200 kcal ont vu leur production totale de cortisol augmenter. Celles qui comptaient tout se disaient plus stressées (Tomiyama et al., 2010).
Ces femmes n'avaient pas de SMOP. Mais le cortisol fait monter la glycémie, et l'insuline suit. Quand l'insuline est déjà trop haute, c'est exactement la direction qu'on veut éviter. Le stress brouille aussi les signaux que le cerveau envoie aux ovaires, et l'ovulation s'en ressent.
Il y a le muscle, enfin. Une coupe brutale en fait perdre, et le muscle est l'endroit où le sucre est stocké et brûlé. Moins de muscle, c'est un corps qui a besoin de plus d'insuline pour gérer le même repas.
Un terrain fragile face aux régimes
Les troubles du comportement alimentaire sont plus fréquents avec ce syndrome. Une méta-analyse publiée en 2024 pour préparer la recommandation internationale a réuni 20 études, avec près de 29 000 femmes concernées et plus de 250 000 sans le syndrome. Les femmes avec un SMOP avaient nettement plus souvent un trouble alimentaire, en particulier une hyperphagie ou une boulimie, et ce quel que soit leur poids (Cooney et al., 2024).
Se priver, craquer, s'en vouloir, repartir de zéro le lundi. Ce cycle dérègle la faim et finit par aggraver la résistance à l'insuline qu'il devait corriger. C'est pour ça que je ne mets jamais une femme avec un SMOP au régime sévère. On commence par manger assez, des aliments simples, à heures régulières. La perte de poids vient ensuite, quand elle est utile.
Il en faut beaucoup moins qu'on ne croit
À Londres, au début des années 1990, une équipe a suivi 24 femmes avec un SMOP et en surpoids pendant six à sept mois. Treize ont perdu plus de 5 % de leur poids. Chez elles, l'insuline à jeun a nettement baissé, la protéine qui capte la testostérone dans le sang a augmenté, et la testostérone libre a diminué. Sur les onze qui avaient des cycles perturbés, neuf ont vu leurs règles se régulariser ou sont tombées enceintes. Chez celles qui avaient perdu moins de 5 %, presque rien n'avait bougé (Kiddy et al., 1992).
Le régime de cette étude était à 1 000 kcal par jour, et je ne le conseille à personne. Ce qui compte, c'est le seuil. Pour une femme de 80 kilos, 5 à 10 % représentent 4 à 8 kilos. Pas 20.
En Australie, à Adélaïde, 13 femmes en surpoids qui n'ovulaient plus ont suivi un programme d'une séance par semaine pendant six mois, sur l'alimentation et l'exercice. Elles ont perdu 6,3 kg en moyenne. Douze ont retrouvé une ovulation, et onze sont tombées enceintes, dont cinq sans aucun traitement (Clark et al., 1995).
L'ovulation revient quand l'insuline redescend
La même équipe d'Adélaïde a voulu comprendre ce qui faisait la différence. Dix-huit femmes avec un SMOP, en surpoids et sans ovulation, ont suivi six mois d'un programme qui ne cherchait pas une perte de poids rapide. Celles qui ont retrouvé une ovulation avaient perdu 11 % de leur graisse abdominale. Leur sensibilité à l'insuline avait progressé de 71 %, et leur insuline à jeun avait baissé d'un tiers. Chez celles dont l'ovulation n'était pas revenue, aucun de ces chiffres n'avait vraiment changé (Huber-Buchholz et al., 1999).
Le déclic ne vient donc pas du chiffre sur la balance. Il vient de l'insuline qui baisse. Un déficit modéré, autour de 10 % de vos besoins, donne de bien meilleurs résultats sur la durée qu'une coupe brutale. Le corps garde son muscle, le métabolisme ne s'effondre pas, et la faim reste gérable.
Manger assez, et bouger
Un petit déficit a un avantage énorme. On le tient. Des repas complets à heures fixes, la faim pour guider le reste, et pas de grignotage en continu, qui maintient l'insuline élevée. Ce qu'on met dans l'assiette pour calmer l'insuline, je l'ai détaillé dans SMOP et alimentation. Le petit-déjeuner, que beaucoup sautent pour « économiser » des calories, a son propre article, SMOP, quoi manger le matin.
Le jeûne quotidien n'a pas sa place ici. Sauter le petit-déjeuner tous les jours fragilise le muscle et relance la spirale de la privation et de la compensation.
Le mouvement fait une partie du travail que la restriction ne fait pas. Dix à quinze minutes de marche après le déjeuner et le dîner font nettement baisser la glycémie. Deux à trois séances de musculation par semaine rendent le corps plus sensible à l'insuline. Des heures de cardio sur une alimentation trop pauvre font l'inverse et font monter le cortisol.
Si vous êtes mince, la question se pose autrement. Perdre du poids n'est pas l'objectif. Il s'agit de manger assez de protéines, de construire du muscle et de calmer l'insuline par l'assiette et le mouvement.
Les femmes qui arrivent chez moi après des années de régimes ont souvent peur de manger davantage. C'est pourtant par là que tout commence. Votre corps a besoin de se sentir en sécurité pour lâcher du poids et relancer ses cycles.
Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical.