Par Marc Dessein ·

Cinq jours de jeûne, et ce que le microbiote dit de la suite

Les cures de jeûne de cinq jours ont la cote. Des cliniques entières en ont fait leur spécialité, et chacun connaît quelqu'un qui en est revenu avec quelques kilos en moins. Une question revient pourtant toujours. Qu'est-ce qui reste trois mois plus tard ?

Une équipe de Berlin vient de publier un essai sérieux sur le sujet. Je vous le présente parce qu'il est intéressant. Pas parce que je vous conseille de jeûner cinq jours. Mon protocole s'arrête vers 28 heures, et je vous explique plus bas pourquoi.

Un essai mené à Berlin

L'étude s'appelle LEANER. Elle a été menée à la Charité et au centre Max Delbrück, à Berlin, et publiée dans Genome Medicine le 16 septembre 2026 (Kaufhold et al., 2026). Trente-huit adultes en bonne santé, de 20 à 50 ans, avec un IMC entre 20 et 30, dont la moitié de femmes. Un tirage au sort décidait qui jeûnait tout de suite et qui attendait, ce second groupe servant de comparaison.

Ce n'était pas un jeûne à l'eau. Pendant cinq jours, les participants avaient droit à 200 à 250 kcal par jour sous forme de jus et de bouillons de légumes, avec de l'eau et des tisanes à volonté. Ils jeûnaient chez eux, encadrés en petits groupes par des conseillers en jeûne. On les a suivis douze semaines.

Ce qui reste après douze semaines

Juste après le jeûne, l'IMC avait baissé, surtout par perte de graisse. À douze semaines, une partie était revenue. Ce qui restait, c'était surtout de la graisse en moins. Le muscle perdu pendant les cinq jours, lui, était entièrement revenu.

La dépense d'énergie au repos avait baissé de 62 kcal par jour à la fin du jeûne, puis elle était revenue à la normale. La plupart des marqueurs du sang et de la tension aussi. Pendant les jours 2 à 4 après la reprise, la glycémie restait un peu plus haute que d'habitude dans la journée. Et 83 % des participants ont signalé des effets indésirables pendant le jeûne, tous légers et passagers.

Il faut aussi regarder qui a vraiment gardé quelque chose. Les chercheurs ont comparé chaque perte de poids aux variations normales du groupe témoin. Seuls 38 % des jeûneurs avaient une perte qui dépassait ces variations à douze semaines. Pour les 62 % restants, rien de net.

Le microbiote bouge, puis revient

Pendant le jeûne, la composition des bactéries de l'intestin a nettement changé. Le butyrate dans les selles a même baissé, alors que d'autres travaux annonçaient l'inverse. Puis presque tout est revenu à l'état de départ. À douze semaines, seules sept espèces restaient durablement modifiées.

Ça rejoint ce que j'écris dans mon guide. Dans une étude allemande sur un jeûne de dix jours, le microbiote était revenu à son état initial trois mois plus tard. Un grand jeûne isolé ne change pas l'intestin pour de bon.

Le microbiote de départ laisse deviner la suite

C'est le point le plus original de l'étude. Les chercheurs ont cherché ce qui distinguait, avant le jeûne, ceux qui garderaient leur perte de poids. Un modèle informatique a retenu quatre éléments. Deux bactéries de l'intestin, une Oscillibacter et une Faecalibacterium, le LDL et la tension artérielle. L'Oscillibacter pesait le plus lourd, et ceux qui gardaient leur perte en avaient davantage. Le LDL, lui, comptait peu.

Le modèle a ensuite été testé sur trois autres groupes. Il a bien fonctionné chez des personnes avec un syndrome métabolique qui avaient jeûné cinq jours. Il a été moins bon chez des volontaires en bonne santé qui avaient jeûné 6 à 12 jours. Les auteurs parlent eux-mêmes de résultats exploratoires, et rappellent qu'une bactérie qui prédit ne prouve pas qu'elle agit.

Les limites

L'effectif est petit, et les participants étaient en bonne santé. Personne n'a noté ce qu'ils ont mangé après le jeûne, si bien qu'on ne sait pas ce qui revient au jeûne et ce qui revient aux habitudes des semaines suivantes. L'étude ne compare pas le jeûne à un autre régime. Et l'un des auteurs est salarié de la société qui gère la clinique Buchinger Wilhelmi, l'une des plus connues pour les cures de jeûne. Quant au modèle, c'est un outil de recherche, pas un test que vous pouvez faire.

Pourquoi mon protocole s'arrête bien avant

Cinq jours, c'est très au-delà de ce que je propose. Le Jeûne Totem reste ponctuel. Au maximum une fois par semaine et jusqu'à 24 heures. Au-delà de 24 heures, une à deux fois par mois seulement, et le protocole s'arrête vers 28 heures. Les 72 heures sont une limite de sécurité, pas un objectif, et au-delà, un jeûne se fait uniquement sous suivi médical.

Les jeûnes de 24 à 48 heures suffisent à déclencher la bascule vers les graisses, la réponse hormonale et l'effet anti-inflammatoire des corps cétoniques. Les effets plus profonds demandent plusieurs jours, et c'est justement là que le suivi médical devient indispensable. Certaines personnes ne doivent pas jeûner sans surveillance médicale. En particulier en cas de diabète, de goutte, de troubles du comportement alimentaire passés ou présents, de grossesse, d'allaitement ou de projet de grossesse, après 65 ans et avant 18 ans, on en parle d'abord à son médecin.

Et la sortie compte autant que le jeûne, comme je l'explique dans Que manger après un jeûne de 24h.

C'est pour ça que je préfère des jeûnes courts, répétés au fil de l'année, à un seul grand jeûne. Le corps n'a pas besoin de cinq jours pour basculer vers ses graisses. Un jour bien placé lui suffit.

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical.

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