Par Marc Dessein ·

Peut-on avoir un SMOP en étant mince ?

Des règles qui arrivent tous les quarante-cinq jours, parfois moins souvent. De l'acné sur la mâchoire à trente ans. Quelques poils qui épaississent sur le menton. Et un médecin qui écarte le SMOP d'un coup d'œil, parce que vous faites du 36.

Le SMOP touche environ une femme sur huit. Trois sur quatre prennent du poids facilement. La quatrième reste mince, et c'est souvent elle qu'on diagnostique en dernier, parce que l'image du syndrome reste collée au surpoids.

Le poids ne fait pas partie du diagnostic

Les critères n'ont pas changé avec le nouveau nom. Il faut deux signes sur trois. Des cycles irréguliers ou absents, un excès d'androgènes visible sur la peau ou dans la prise de sang, et des ovaires chargés de petits follicules à l'échographie, que l'on peut remplacer chez l'adulte par un taux d'AMH élevé (Teede et al., 2023). Le poids n'apparaît nulle part.

Le syndrome peut donc prendre plusieurs visages. Certaines femmes ont des règles régulières et n'y pensent jamais. D'autres n'ont ni acné ni pilosité. Ajoutez une silhouette fine, et plus rien ne ressemble au tableau qu'on a appris.

Ce retard n'a rien d'anecdotique. Dans une enquête auprès de 1 385 femmes avec le syndrome, en Amérique du Nord et en Europe, une sur trois avait attendu plus de deux ans avant d'être diagnostiquée, et près d'une sur deux avait consulté au moins trois soignants (Gibson-Helm et al., 2017). L'enquête ne fait pas de catégorie à part pour les femmes minces. Quand le premier réflexe est de penser au surpoids, ce sont pourtant elles qui passent entre les mailles.

Mince à l'extérieur, pas forcément à l'intérieur

La graisse qui pèse dans le SMOP ne se voit pas sur la balance. C'est la graisse viscérale, logée autour du foie et de l'intestin. Elle libère en continu des substances inflammatoires qui rendent les cellules moins sensibles à l'insuline, et on peut en porter sans le moindre kilo en trop.

À l'université de Californie à Los Angeles, l'équipe de Daniel Dumesic a comparé six femmes de poids normal avec le syndrome à quatorze femmes du même âge et du même IMC, sans syndrome. À l'IRM, les premières avaient plus de graisse à l'intérieur de l'abdomen, et leur insuline à jeun était plus haute. Plus leurs androgènes étaient élevés, plus cette graisse profonde était abondante. Sous la peau, leurs cellules graisseuses étaient plus souvent petites. Les auteurs pensent que ce stock-là se remplit mal et renvoie la graisse vers l'intérieur (Dumesic et al., 2016).

L'étude est minuscule, six femmes seulement. Elle montre quand même pourquoi un IMC normal rassure à tort. La résistance à l'insuline suit le même chemin, et je l'ai détaillée dans l'article sur la résistance à l'insuline, avec les analyses à demander.

Maigrir n'est pas l'objectif

Avec un SMOP et du poids à perdre, perdre 5 à 10 % suffit souvent à faire revenir l'ovulation. Ce conseil a été pensé pour les trois quarts des femmes concernées. Donné tel quel à une femme mince, il la pousse à couper dans ses repas alors qu'elle n'a rien à perdre.

Le terrain est fragile. Les troubles du comportement alimentaire sont beaucoup plus fréquents avec un SMOP. Restreindre, craquer, culpabiliser, recommencer. Ce cycle fait monter le stress, dérègle la faim et aggrave la résistance à l'insuline qu'il devait corriger. J'en parle plus longuement dans Régime et SMOP.

Une revue britannique consacrée au SMOP mince va dans le même sens. Ses auteurs retrouvent une résistance à l'insuline qui ne dépend pas du poids, et ils parlent de maintenir le poids, pas d'en perdre (Toosy et al., 2018). Ils reconnaissent que les études sur ce profil restent de qualité faible à modérée.

Pour une femme mince, le chantier est ailleurs. Manger assez, à heures régulières, avec des protéines à chaque repas. Et construire du muscle.

Le muscle, le vrai levier

Le muscle est le premier consommateur de sucre du corps. Chaque kilo gagné en capte un peu plus, et le corps a besoin de moins d'insuline pour le même repas.

À Ribeirão Preto, au Brésil, une équipe de la faculté de médecine de l'université de São Paulo a fait faire de la musculation à 45 femmes sédentaires avec le syndrome et à 52 sans, trois fois par semaine pendant quatre mois. Leur IMC allait de 18 à 39,9, femmes minces comprises. Chez les femmes avec le syndrome, la testostérone a baissé, le tour de taille a diminué et la masse musculaire a augmenté (Kogure et al., 2016). Il n'y avait pas de tirage au sort, et les auteurs ne trouvent pas d'effet net sur le métabolisme. La baisse des androgènes est venue de l'entraînement seul, sans régime.

Deux à trois séances par semaine suffisent, sur tout le corps, avec des charges qui augmentent peu à peu. Squats, fentes, soulevé de terre, tractions, exercices de poussée. Beaucoup de femmes aux androgènes élevés ont peur de « gonfler ». En pratique, le muscle prend la place de la graisse et la silhouette s'affine. Ajoutez dix à quinze minutes de marche après le déjeuner et le dîner, et les muscles des jambes captent le sucre sans attendre l'insuline.

Si vous êtes mince et que vos cycles n'ont rien de régulier, demandez qu'on cherche, et demandez un autre avis si on vous renvoie à votre poids. Votre IMC ne dit rien de votre insuline, alors que vos cycles, votre tour de taille et votre force en disent beaucoup.

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical.

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