Par Marc Dessein ·

Vitamine D en hiver, faut-il se faire doser ?

Un teint gris en février. Une fatigue qui s'installe avec les jours courts. Et à la pharmacie, des ampoules de vitamine D bien en vue près de la caisse.

Le corps fabrique la vitamine D lui-même, dans la peau, quand elle reçoit les rayons UVB du soleil. L'alimentation seule couvre mal les besoins, et c'est le soleil qui fait l'essentiel du travail. Or le soleil d'hiver, en France, ne le fait presque plus.

Ce que le soleil d'hiver ne fait plus

En 1988, à Boston, l'équipe de Michael Holick a exposé au soleil de la peau humaine et la molécule que la peau transforme en vitamine D. De novembre à février, même par temps clair, il ne se formait rien. À Edmonton, au Canada, plus au nord, cette période blanche allait d'octobre à mars. Plus au sud, vers 34 et 18 degrés de latitude, le soleil d'hiver faisait encore le travail (Webb et al., 1988).

Paris est à 49 degrés, entre Boston et Edmonton. Lille est plus haut encore, et Marseille est à peu près à la latitude de Boston. Dans tout le pays, les réserves faites l'été baissent donc pendant tout l'hiver.

Une grande analyse européenne a remesuré, avec une méthode standardisée, les prises de sang de 55 844 personnes. En moyenne sur l'année, 13 % avaient un taux sous 30 nmol/l. Pour les prises de sang faites entre octobre et mars, c'était 17,7 %. Avec le seuil de 50 nmol/l, la proportion montait à 40 %. Les personnes à la peau foncée étaient beaucoup plus touchées (Cashman et al., 2016).

Certaines femmes partent avec un handicap. Environ 85 % de celles qui consultent pour la ménopause manquent de vitamine D, et l'intestin l'absorbe moins bien avec l'âge. Avec un SMOP, le manque est très fréquent, et il va avec une moins bonne réponse à l'insuline. Avec une endométriose, il compte aussi, parce que la vitamine D participe à la régulation du système immunitaire.

Pourquoi les autorités freinent sur le dosage

En France, la Haute Autorité de santé a conclu en 2013 que le dosage n'apporte pas d'information utile en routine. L'Assurance maladie ne le rembourse que dans six situations précises, comme une suspicion d'ostéomalacie ou des chutes à répétition chez une personne âgée (Assurance maladie). En 2024, l'Endocrine Society américaine a déconseillé à son tour le dosage systématique chez les adultes en bonne santé (Demay et al., 2024).

Leur raisonnement se tient. L'essai VITAL a donné 2 000 UI par jour ou un placebo à près de 26 000 Américains de plus de 50 ans, pendant cinq ans en moyenne. Le complément n'a fait baisser ni le nombre de cancers ni les accidents cardiovasculaires (Manson et al., 2019). La plupart des participants avaient un taux correct au départ. Donner de la vitamine D à quelqu'un qui en a assez ne lui apporte pas grand-chose.

C'est justement pour cette raison que je fais doser. Les femmes que j'accompagne avec un SMOP, une endométriose ou à la ménopause ne sont pas la population générale visée par ces recommandations. Un chiffre de départ dit s'il y a une carence, et de combien. Sans lui, on prend des ampoules à l'aveugle, ou on n'en prend pas alors qu'on en aurait besoin. Demandez le dosage à votre médecin.

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Le dosage mesure la 25-hydroxyvitamine D, la forme de réserve. Les laboratoires l'expriment en nmol/l ou en ng/ml, et 1 ng/ml vaut 2,5 nmol/l. Sous 30 nmol/l, soit 12 ng/ml, on parle de carence. Sous 50 nmol/l, soit 20 ng/ml, le taux est considéré comme insuffisant. Ce sont les deux seuils de l'analyse européenne citée plus haut.

La saison compte. Une prise de sang faite en février ne donne pas le même chiffre qu'en septembre, et il faut le savoir pour comparer deux résultats.

En cas de carence, 2 000 à 4 000 UI par jour permettent en général de la corriger sans risque. 4 000 UI, c'est aussi la limite que le service de santé britannique conseille de ne pas dépasser sans avis médical. Au-delà, sur la durée, le calcium s'accumule dans le sang et peut abîmer les os, les reins et le cœur (NHS). C'est votre médecin qui fixe la dose et qui prévoit le contrôle suivant.

Sortir à la lumière du matin reste une bonne habitude tout l'hiver, même dix minutes. Elle recale l'horloge interne. Pour la vitamine D, de novembre à février, c'est la prise de sang qui vous dira où vous en êtes.

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical.

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