Par Marc Dessein ·

Pourquoi les traitements GLP-1 constipent

Trois jours sans aller aux toilettes, puis quatre. Le ventre est dur et lourd, et on finit par manger encore moins de peur d'aggraver les choses. Sous traitement GLP-1, on parle beaucoup des nausées. La constipation arrive plus discrètement, et elle dure souvent plus longtemps.

Le traitement, son réglage et sa durée, c'est votre médecin qui en décide. J'explique ici ce qui se passe dans le ventre, et les bases que je donne à tout le monde quand le transit ralentit.

Une hormone qui freine l'estomac

Le GLP-1 est une hormone que votre intestin fabrique lui-même. La fin de l'intestin grêle et le côlon la libèrent quand les aliments y arrivent. Elle fait partie de ce que les chercheurs appellent le frein iléal, le signal qui demande à l'estomac de se vider moins vite tant que l'intestin a du travail. Elle détend le haut de l'estomac, calme ses contractions et resserre sa sortie (Marathe et al., 2011).

Les traitements imitent cette hormone, à des niveaux bien plus élevés et beaucoup plus longtemps. À la Mayo Clinic, aux États-Unis, 40 adultes en obésité ont reçu un traitement de cette famille ou un placebo pendant seize semaines. Au bout de cinq semaines, il fallait 70 minutes de plus, en valeur médiane, pour que la moitié d'un repas solide quitte l'estomac. À seize semaines, ce retard était retombé à une demi-heure environ. Et ceux dont l'estomac avait le plus ralenti au début étaient ceux qui avaient perdu le plus de poids (Halawi et al., 2017).

Le ralentissement continue dans l'intestin

Au Japon, quatorze patients diabétiques ont avalé une capsule équipée d'une caméra, avant puis après le début d'un traitement GLP-1. Chez ceux dont les nerfs n'avaient pas été abîmés par le diabète, la capsule restait environ une heure dans l'estomac avant le traitement, deux heures et demie après. La traversée de l'intestin grêle passait de moins de quatre heures à près de sept (Nakatani et al., 2017).

Pour le côlon, les études chez l'humain manquent encore. On sait en revanche que c'est lui qui forme les selles, en retirant l'eau de ce qu'il reçoit, et que la vitesse du transit change leur consistance. À Bristol, des chercheurs ont ralenti le transit de volontaires avec un médicament contre la diarrhée. Leurs selles sont devenues plus dures, moins abondantes et moins fréquentes (Lewis et Heaton, 1997).

Moins d'eau, moins de mouvement

Le médicament n'explique pas tout. Quand l'estomac reste plein, on a moins soif et on boit moins. Un groupe d'experts espagnols, entre autres endocrinologues, médecins généralistes et infirmières en diabétologie, cite ce point parmi les causes de la constipation sous traitement. Leurs premiers conseils sont de bouger davantage, de boire plus et d'augmenter les fibres (Gorgojo-Martínez et al., 2022). La plupart de ces experts déclarent des liens avec les laboratoires qui fabriquent ces traitements.

Ce que montrent les grands essais

Une analyse a regroupé trois grands essais de 68 semaines, avec 2 117 adultes en surpoids ou en obésité sous traitement et 1 262 sous placebo. La constipation a touché 24 % des personnes traitées, contre 11 % sous placebo. Elle durait plus longtemps que les autres troubles digestifs, 47 jours en médiane contre 35 sous placebo. Presque tous ces troubles étaient légers ou modérés, et ils devenaient plus rares avec le temps chez ceux qui poursuivaient le traitement (Wharton et al., 2022).

Le chiffre du placebo compte aussi. Une personne sur dix a été constipée sans le médicament, avec les mêmes conseils d'alimentation et d'activité que les autres. Dans mes guides, je préviens que le transit peut ralentir les premiers jours d'un changement d'alimentation, le temps que l'intestin s'habitue à d'autres fibres.

Les bases pour le transit

Quand le transit ralentit, sous traitement ou non, je reviens toujours aux mêmes bases. Je les vérifie avant tout le reste, et elles ne remplacent pas l'avis de votre médecin.

L'eau, d'abord. Mon repère est d'environ 50 cl par 15 kg de poids, soit 2,5 litres pour une personne de 75 kg, répartis sur la journée, et davantage avec le sport ou la chaleur. Quand l'estomac se remplit vite, les experts espagnols conseillent de boire par petites gorgées tout au long de la journée, sans aller jusqu'à se sentir trop plein.

Les légumes cuits, ensuite, et une compote de pomme sans sucre ajouté. La compote et la banane bien mûre apportent des fibres solubles, qui absorbent l'eau et forment une sorte de gel. Celles du brocoli ne se gorgent pas d'eau. Il faut les deux, et un excès de l'une ou de l'autre peut aussi bien bloquer que relâcher le transit. J'ai détaillé les quantités et les sources sans céréales dans l'article sur les fibres.

Le magnésium le soir. Je conseille la forme bisglycinate, au dîner ou au coucher, et je rappelle de ne pas l'oublier quand le transit ralentit. Sous traitement, demandez à votre médecin avant d'ajouter un complément.

Et la marche, que les experts placent en tête de leurs conseils. Quand l'appétit baisse au point de sauter des repas, le muscle est aussi en jeu. J'en parle dans l'article sur l'assiette sous GLP-1.

Quand appeler son médecin

Si la constipation s'installe, si elle vous fait sauter des repas ou vous empêche de boire, dites-le à votre médecin. C'est à lui de juger s'il faut un traitement de la constipation ou un ajustement de votre suivi.

Une douleur forte au ventre, des vomissements, un ventre qui gonfle sans gaz ni selles demandent un avis médical sans attendre. Dans une base de données américaine de patients traités pour perdre du poids, l'occlusion intestinale restait rare, mais elle était environ quatre fois plus fréquente que chez les personnes qui prenaient un autre médicament de la perte de poids (Sodhi et al., 2023).

Les experts espagnols conseillent aussi de tenir un carnet. Notez chaque jour ce que vous buvez, ce que vous mangez et quand vous allez aux toilettes. À la consultation suivante, ces quelques lignes en diront plus à votre médecin qu'un « ça ne va pas trop ».

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical.

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